Le saviez-vous ?
Perdu ? Utilisez le plan du site pour vous repérer...

La 11ème rencontre des bateaux en bois et autres instruments à vent s’est déroulée entre le 9 et le 12 Juillet 2008 sur la Gironde, la Dordogne et la Garonne.
La flotte était composée de 25 bateaux de tailles et de formes très variées, du petit canot de 3.50 mètres à la gabarre de 15 mètres, mais la majorité de 5 mètres, pas forcément tous en bois ou en contre plaqué, mais pratiquement tous avec un gréement traditionnel.
La sécurité était assurée par une pinasse d’Arcachon à moteur, un petit chalutier et un ancien bateau de lamanage.
Le parcours débutait sur la Dordogne à Cavernes-St Loubès, pour rejoindre Pauillac et l’île Pâtiras, l’île Nouvelle, Blaye sur la Gironde, Bourg sur la Dordogne, Bègles et enfin Le Tourne sur la Garonne.

Avec SKAFAKI, Seil N°118, nous décidons de rejoindre la flottille à Pâtiras, en face de Pauillac, en partant du port de la Maréchale sur la côte Médocaine de la Gironde, 7 miles plus au Nord. Le vent est calme et le courant de jusant de 3 nœuds oblige à mettre la « risée Honda » en action pendant plus de deux heures en longeant les rives boueuses pour profiter du courant légèrement moins fort, la dérive abaissée servant de sondeur pour éviter l’échouage dans cette eau opaque et limoneuse. Nous profitons de cette étape pour admirer les « carrelets » sur pilotis qui servent à la pêche sur les rives et pour observer les nombreux oiseaux.
Le passage de l’ancien dock pétrolier et de celui du débarquement des éléments de l’Airbus A380 est très difficile, le courant étant accéléré par les ouvrages en béton et le croisement d’un cargo a déclenché une tempête provisoire sur notre route.
Nous arrivons à Pâtiras juste avant la flottille et nous nous amarrons sur l’arrière du ponton flottant sous la jetée après avoir démâté.
La place étant comptée, la plupart des petits bateaux sont amarrés sur une barge et les plus gros restent au mouillage sur ancre.
Le site de Pâtiras vient d’être entièrement rénové et un magnifique refuge y a été construit. Cela ressemble tout à fait à un refuge de montagne à la seule différence que l’on ne peut pas y dormir.
Nous gravissons les 33 mètres du phare pour admirer l’île qui s’allonge sur deux kilomètres, les autres îles voisines et la Gironde majestueuse.
Chacun monte sa tente au bord d’un « estey » (petit ruisseau soumis aux marées) avant d’aller dîner sous une grande tente et ensuite d’assister à un petit spectacle à base d’histoires Médocaines très amusantes.
Le départ pour Blaye est donné le lendemain matin par vent calme mais dans le sens du courant. Cela n’empêche pas de devoir mettre les moteurs en route pour avancer, les plus petits bateaux sans moteur étant tractés par les plus gros.
A Blaye, nous avons carte blanche pendant trois heures pour aller manger en ville et visiter la citadelle, nouvellement inscrite au Patrimoine Mondial, après quoi nous partons au près vers l’île Nouvelle à un kilomètre au Nord, heureusement avec l’aide de la brise qui s’est enfin levée.
L’arrivée à l’île Nouvelle est épique ! Le courant de jusant est très fort et le ponton flottant très court. Nous mettons plus d’une heure pour amarrer tous les bateaux, les plus gros restant au mouillage dans une anse de la rive. Pas de casse heureusement, mais des manœuvres pas toujours bien contrôlées… !
Le programme prévoyait une visite en groupe de l’ancien village de l’île nouvelle qui est en restauration par le Conseil Général de la Gironde.
Le guide, qui a vécu sur cette île maintenant désertée, nous raconte les conditions de vie des habitants soumis aux caprices de la nature. Il a à peine fini qu ‘il faut rejoindre les bateaux pour profiter de la renverse du flot pour rejoindre Bourg dans la soirée.
Le vent de Nord-Ouest est soutenu et nous déhale rapidement au portant jusqu’au travers de Blaye où le jusant est encore actif. Nous traversons alors une zone très agitée où les bateaux disparaissent dans les creux, on ne voit que le mât et la tête des équipiers. SKAFAKI se comporte très bien, dérive relevée. Le haut de la marotte vient tremper dans la pente de la vague qui nous précède et le bateau part au surf, poussé par la suivante. Plein vent arrière, le barreur est un peu crispé pour éviter l’empannage, mais tout se passe bien, y compris pour les autres participants et la proximité des bateaux de sécurité qui balisent la zone nous rassure.
Le voyage se poursuit ensuite sur une mer plus calme permettant d’ouvrir les poches de pique-nique fournies au départ et le vent ne faiblit qu’à l’arrivée sur la Dordogne dans la soirée.
Les pontons de Bourg sont vite investis par la flottille dans un courant de flot toujours aussi costaud, et pourtant nous sommes en petit coefficient. Cà doit être chaud par grande marée…
A terre, l’animation musicale a déjà commencé et de nombreuses personnes viennent voir les bateaux et surtout la gabarre  LES DEUX FRERES, entièrement reconstruite avec l’aide du Conseil Général de la Gironde.
Le lendemain, lever à six heures pour profiter du jusant jusqu’au Bec d’Ambès sur la Dordogne et récupérer le flot à l’entrée de la Garonne. Le vent est en face plein Ouest, il fait humide et sombre sous des nuages menaçants et le plan d’eau est agité…
Enfin, nous rentrons sur une Garonne calme par vent arrière et nous rallions tranquillement Bordeaux. La flottille s’arrête sur un ponton en rive droite en face du Port de la Lune pour démâter en vue du passage du Pont de pierre et pour pique-niquer. Quel plaisir de pouvoir déjeuner au calme avec la magnifique vue sur les quais de Bordeaux. Nous pensons que d’autres beaucoup plus fortunés que nous ne peuvent pas vivre ce moment… !
Nous partons enfin pour passer le Pont de pierre, sans problèmes. Aux périodes de grandes marées, le courant crée une marche importante dans l’eau juste sous le pont et certains imprudents y ont déjà laissé des plumes … !
Nous finissons le trajet jusqu’à Bègles à l’aviron, poussés par le flot.
Petit problème au port, le liston du Seil est trop bas et passe sous le ponton flottant, les pare-battage ne servant à rien. Nous nous posons donc sur un gros voilier après accord du propriétaire. C’est un ketch Norvégien et nous pensons que c’est une bonne place pour notre prame du même nom.
Le repas des équipages a lieu dans le parc du port où nous avons déjà planté les tentes et la soirée se passe au son d’une guinguette qui invite à danser.
Pour nous, c’est la fin du parcours. Les autres repartiront le lendemain pour Le Tourne et le Chantiers Tramasset, organisateurs efficaces de ce rassemblement très sympathique. Vivement l'année prochaine !

Quelques précisions sur la navigation sur la Gironde :
- Les cales sont peu nombreuses et envasées ou terminées par un seuil après deux heures de jusant.
 Au Verdon, une cale municipale au Nord de Port Médoc est utilisable jusqu’à mi- marée, ainsi que celle du Port mais celle-ci est trop pentue et le sol est glissant en bas.
Au port de Goulée et au port de la Maréchale, les cales ne sont plus utilisables  deux heures avant ou après la PM,  mais il y a des pontons très pratiques pour attendre et de la place pour les véhicules. 
 Au port de la Maréchale, une autre cale pavée peut être utilisée à mi-marée pour des bateaux à faible tirant d’eau, mais elle débouche directement dans le courant de la Gironde.
 Au port de Saint Estèphe, il y a une cale du même genre mais aucun ponton pour attendre, seulement des berges envasées…
 Le port de Pauillac propose une cale mais elle n’est jamais nettoyée et est très envasée.
 Enfin, il y a une superbe cale utilisable presque à marée basse au port d’Issan à côté de Margaux. Elle est utilisée par les viticulteurs pour aller dans les vignes de  l’île Margaux, est très propre et a revêtement antidérapant.
- La navigation ne pose pas de problème particulier mais les courants sont forts, créant un gros clapot face à un vent soutenu et les berges sont très envasées, souvent encombrées de pierres et de bois flotté. Il n’est pas possible de débarquer à terre en dehors des places aménagées.
- Nous pensons qu’il est nécessaire d’amener un petit moteur pour se déhaler contre le courant en l’absence de vent à moins d’être très costaud à l’aviron et pas pressé…
- Bien qu’habitant tout près et après avoir déjà beaucoup navigué sur différents bateaux et plans d’eau, nous n’avions jamais osé partir seuls sur la Gironde en famille avec SKAFAKI. La « Rencontre des bateaux en bois et autres instruments à vent », avec son organisation et sa sécurité nous a permis de découvrir cet estuaire immense unique en Europe et nous a confirmé que l’on doit s’y sentir tout petit dans certaines conditions en navigation solitaire. 
Il faut dire que nous n’avons pas vu beaucoup de bateaux, hormis quelques voiles devant Pauillac et quelques crevettiers entre les îles. La plupart des bateaux de plaisance restent au niveau de l’embouchure entre les ports de Royan et Port Médoc et le phare de Cordouan.


Michel GUE, SKAFAKI, SEIL N° 118