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Aventures australes (Hobart Auckland en Seil)
By Serge Salaün
 
Cet été, pour changer de vacances un peu répétitives, nous avons décidé de naviguer dans un autre cadre, l'idée d'une croisière un peu lointaine avait tout pour nous séduire.
La traversée entre Hobart et Auckland ne présente pas de dangers particuliers. Bien que se situant pour l'essentiel à hauteur des quarantièmes sud, ce passage ne permet que très rarement de rencontrer des glaces dérivantes, les growlers les plus septentrionaux ne remontent pratiquement jamais au nord du quarante cinquième parallèle à cette saison.
 
Pour éviter toute surprise désagréable, il a été nécessaire de faire un tour rapide du marché pour retenir un bateau fiable. Les diférentes unités que nous avons pu essayer lors de notre préparation péchaient soit par leurs faibles qualités marines, soit par leur prix parfaitement rédhibitoire.
La rencontre avec Francis Lelapin a été décisive. Patron efficace d'un petit chantier situé dans l'ouest de la France, il produit en série un bateau de croisière hauturière dont il nous a vanté les mérites.
 
 
Remarquablement marin sans être lourd, le Seil peut affronter les mers les plus dures. Son absence d'étrave et sa levée lui permettent de passer la lame sans effort.
M. Lelapin nous a convaincu que rallier la Nouvelle-Zélande à partir de la Tasmanie ne présentait pas de difficultés avec un tel navire.
Une petite précision cependant à destination des moins aguerris de nos lecteurs, cette aventure nécessite un minimum d'expérience de la voile, et là, c'est mon obsession de la sécurité qui parle.
Pour notre part, sans nos expéditions précédentes (traversée du lac du Der par force 2), remontée de la rivière d'Etel, etc...), nous ne nous serions jamais lancé dans ce voyage.
 
Chacun garde en mémoire la terrible colère de la mer de Tasmanie lors de la Sydney Hobart 1998 qui fit tant de victimes, d'autres se souviennent de la rafale qui décima la flotte des Seils au large de Saint-Cado.
 
Malgré la qualité du produit livré par le chantier, il a falu apporter quelques modifications de détail. L'accastillage surdimensionné proposé sur le Seil alourdit inutilement cette unité rapide. Nous avons donc remplacé la très belle poulie d'origine en bois exotique par un modèle à rouleaux avec entretoise en aluminium, émerillon titane et bague de centrage antifriction infiniment plus léger.
Quelques autres détails aménagés nous ont donné le bateau de nos rêves qu'il a fallu confier à un cargo pour le transport jusqu'en Australie.
 
Le port de Hobart nous a vu débarquer début août par un mardi pluvieux comme souvent en cette fin d'hiver austral.
L'artère principale de la ville, Elisabeth Street, très commercante, a permis de réaliser nos derniers achats dans la perspective de ces 1200 milles. Quelques bidons étanches, la nourriture, les réserves d'eau (le Seil peut contenir beaucoup d'eau), les vêtements chauds, et nous étions prêts.
 
Nous avions prévu de barrer en prenant des quarts de huit heures, ce qui reste raisonnable. Celui qui ne barrait pas pouvait se reposé, arrimé, amariné et amaré confortablement sur le banc d'étambrai. Le franc bord respectable de notre bateau nous protégait efficacement des embruns et des vagues.
 
Que dire de la traversée elle même, quinze jours à une moyenne tranquile de cinq noeuds, une seule dépression rencontrée presque à mi-parcours, le vent est monté jusqu'à soixante noeuds, ce qui arrive souvent par ici.
 
Pris par le trois-quarts arrière nous avons surfés quelques déferlantes, et là, la possibilité d'une prise de ris particulièrement rapide nous a été bien utile.
Rassurés par l'absence de bôme, nous n'avons pas eu à craindre un de ces empannages dévastateurs qui déciment les équipages.
 
Peut-être que M. Lelapin pourrait prévoir en série un système d'ancre flottante, bien utile lorsqu'on est en fuite dans le grand sud.
Certains considèrent que le bateau, c'est surtout agréable quand ça s'arrête, je leur déconseille cette traversée qui a été très pauvre en rencontres, quelques albatros la première semaine, un ou deux rorquals communs et Olivier de Kersauzon, en parcours de préparation pour le trophée Jules Vernes, sur son trimaran géant « Géronimo ».
Le rorqual commun présente la particularité d'être le plus curieux des mammifères marins (vous avez tous en mémoire le dicton breton bien connu: « rorqual en vue, si tu n'as pas la berlue, tu es foutu »), ce qui nous a fait redouter un instant qu'il ne s'approche de notre embarcation, rien de tel fort heureusement
La fin du voyage a été ternie par une navigation un peu approximative, les piles du GPS ayant faibli les derniers jours, j'ai craint que nous ne rations la Nouvelle-Zélande, je n'aurais pas aimé devoir continuer jusqu'aux côtes du Chili, j'ai un travail qui nécessite un peu de rigueur dans le respect des rendez-vous, et manquer la rentrée...
 
Une mise en garde à nouveau, prenez vos sextants sur vos Seils les GPS sont de merveilleux engins mais trop dépendants d'une alimentation électrique limitée.
 
 
Tout le monde a entendu vanter les mérites de la baie d'Auckland, ce n'est pas exagéré, la ville elle-même est fort agréable, nous avons visité le musée Maori, la roseraie Parnell et la City Art Gallery que je vous recommande.
 
Nous nous sommes employés à dissiper, pendant les derniers jours de notre séjour, les quelques malentendus laissés par la désolante affaire du Rainbow Warrior, puis le Seil dans le cargo et nous dans l'avion, retour au bercail hexagonal.
Pour ceux de nos lecteurs qui seraient tentés par le voyage et qui naviguent avec de jeunes enfants, souvenez vous que vous aurez besoin d'un adaptateur pour brancher vos chauffe-biberons en arrivant en Nouvelle Zélande.
 
Serge Salaün (Seil 69)