Le saviez-vous ?
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Se poser sur les pré salés
By Marc Mougel (première parution dans le bulletin de l'association #8 de février 2002)
 
     La rivière de Pernef est une des nombreuses rivières qui forment une ria sur la côte morbihannaise. Les marées sont très présentes et décident directement de l’accessibilité ou non du cours d’eau.
     Le Seil est parfaitement adapté à ces milieux frontières entre le marin et l’intérieur et la rivière de Penerf est suffisamment petite pour une navigation découverte d’une journée. Raison de plus pour utiliser les grandes marées pour y réaliser un petit bivouac sur les prés salés.
     Nous sommes partis le matin tôt de la pointe de Penvins (nous y avons dormi sur la plage est). A l’aube, profitant de la marée haute, les enfants dormant encore sous la tente, nous avons démonté celle-ci et sans réveiller nos ronfleurs, nous avons appareillé à l’aviron pour rejoindre l’entrée de la rivière. Avec la marée descendante, le courant se renforce peu à peu mais il est tout à fait possible de l’étaler avec une seule paire de bras. Avec un bon bateau, pas de problème !
     Notre accostage à proximité de la base nautique n’est pas passé inaperçu puisque certains se demandent encore si nous ne venions pas de l’autre côté de la grande bleue… Le petit déjeuner pris en faisant attention de repousser le bateau au fur et à mesure de la baisse de l’eau, nous sommes repartis tous éveillés avec cette fois le courant franchement dans le nez mais à la voile ce qui est nettement plus confortable. Il nous a fallu un bon moment pour arriver dans le chenal principal, trouver un corps mort pour faire la pause méridienne et déjeuner peinards en regardant revenir quelques bateaux de pêche, passer les oiseaux et observer (de loin) la vie des mareyeurs.
     Une fois la renverse acquise, nous avons largué notre corps mort pour nous enfoncer vers l’intérieur en prenant le chenal tribord. Slalom entre les piquets de parc dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’agit d’un système de balisage pour initiés (mais c’est très commun dans toute la région, golfe du Morbihan compris). Le fait de monter avec le flot aide cependant car l’eau ne couvre au début que les chenaux ce qui permet de bien les voir.
     Avec un vent portant et le courant dans le cul, ça trace, même un peu vite ce qui nous amène assez rapidement dans ce qui apparaît comme un cul-de-sac et qui n’est en fait que la partie amont du chenal qui n’est pas encore recouverte par l’eau. Obligés de faire quelques ronds dans l’eau en attendant car les berges sont franchement vaseuses et peu 4 accessibles. Juliette la plus jeune en profite pour prendre un bain forcé à l’occasion d’une manœuvre, mais comme elle porte son gilet et qu’elle est attachée au bateau, le plongeon est de courte durée.
     Enfin, l’eau est suffisamment montée pour nous permettre de continuer. La balade se poursuit donc en suivant les méandres de la rivière qui peu à peu se remplit. Le paysage s’aplatit, les berges vaseuses sont peu à peu digérées par l’eau et les prés salés se retrouvent bientôt au niveau de l’eau. Nous décidons alors d’accoster en revenant un peu sur nos pas et nous nous engageons dans des petits chenaux secondaires sur la rive droite (dans le sens habituel de l’eau qui coule de la colline vers la mer !).
     Il faudra attendre jusqu’à au moins 1h après l’horaire théorique pour constater les pieds dans l’eau que celle-ci s’est arrêtée de grimper et commence à redescendre. Je n’avais encore pas fait de mesure aussi précise de l’étale de haute mer… Encore 1h (le temps de manger) et nous positionnons le bateau un peu plus vers la rive (car la marée du matin monte moins que celle du soir). Bien calé dans un trou d’eau, l’ancre bloquée dans un autre, nous préparons le bivouac les pieds au sec (enfin presque) et, bien à l’abri sous la tente, nous nous endormons avec le soleil en écoutant couler l’eau des anciens marais salants qui se vident avec le jusant un peu plus en amont.
     Le lendemain réveil à l’aube (encore !). Nous constatons avec soulagement que nos prévisions étaient justes, le bateau flotte, l’eau est revenue. Nous appareillons comme la veille, à l’aviron, juste en démontant la tente, en laissant les enfants dormir. Dans un calme absolu, sans un pet de vent, nous redescendons la rivière qui n’est maintenant plus qu’un gigantesque lac d’eau salée. La limite avec le ciel est à peine marquée avant que le soleil ne se lève. Un vrai régal, un plaisir inaccessible à pied, à cheval, en voiture… mais pas en Seil ! Pour le coup, il faut faire attention aux piquets de parc qui sont pour certains quasiment immergés.
     La balade se termine où elle a commencé par un petit déjeuner au même endroit que la veille, mais là, on venait de l’intérieur…
 
Marc Mougel, Seil 46, P'tit Bout Gnaé