Le saviez-vous ?
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Aventure en Loire
By Club Saumur (première parution dans le bulletin de l'association #10 d'avril 2003)
 
- On prend un ris…
- Ça va pas ! t’as vu le ciel, ça fait huit jours que la météo est en grève et qu’ils racontent n’importe quoi…. Et de toutes façons, comme disait mon grand-père :« si t’écoutes trop la météo, tu restes au bistrot…. »
- Tiens, voilà Marcel qui revient de La Ménitré … Keskidi ?
- i dit que ça souffle, i dit qu’il vaut mieux prendre un ris...
- Bon, ben alors on en prend deux, de ris. Mais c’est vraiment parce qu’on ne veut pas de reproches.
 
     Quand les génies de la météo se mettent à palabrer sur la vitesse et la direction du vent, on n’est pas sûr de décoller. Enfin tout est prêt. On est cinq bien équipés et sûr de nous parce que le nouveau, le Christophe, lui, il doit bien se demander si vraiment les cinq équipiers sont déjà montés sur un voilier.
     Comme lors des départs pour les grandes traversées le problème de l’avitaillement est très ardu. Établir les menus, calculer les rations caloriques nécessaires, prévoir quelques douceurs. En seil, avec de vieux marins comme Jean-Jacques ou Roger c’est très vite réglé.
 
- On est combien ?
- On est six dont une nana ! …
- Bon... ben … faut une demie baguette et douze bouteilles de rouge. S’il reste du pain, on le partagera.
 
     Et voguent les deux seils. Le premier est déjà dans le chenal. Dans le second, Christophe le nouveau a pris la barre et l’écoute de grand voile. Avec les explications que lui donnent Marcel et Gilles, il devrait progresser très vite… enfin on espère…il ne faut jamais désespérer !
     Les explications sont simples : tu tiens la barre d’une main, de l’autre l’écoute de voile et tu suis le seil de devant. C’est tout de même pas sorcier la voile !
     Devant, c’est l’élite de notre flotte. Nadine, Jean-Jacques et Roger ouvrent la route. Leur seil se joue des bancs de sable, des sautes de vent, des courants traîtres : une pure merveille de navigation ligérienne.
     Nous, à quelques centaines de mètres de ce bateau mené de main de maître, nous admirons ! Que faire? Que dire ? Nous sommes béats d’admiration.
     Le paysage défile sagement, le calme propice aux grandes réflexions philosophiques nous entoure. Nous goûtons ces moments de pur bonheur… de temps à autre un doux murmure – « putain! fais gaffe! tu vois bien que la dérive touche ».- Où va donc se cacher l’âme des poètes ?
De temps en temps le vent nous rappelle qu’il est là. Oh! gentiment juste une méchante claque dans la voile qui fait que le seil gîte un maximum, puis Eole relâche son souffle et le bateau repart de plus belle sur l’autre bord. Ah, le palan de grand-voile dans la tronche! quel bonheur !
Chêne huttes… Saint Martin…Trêves… de plaisanterie ! C’est vraiment superbe, on ne s’en lasse pas….
 
- Euh ! Je passe à droite ou à gauche de la bouée.
- A gauche… non! plutôt à droite… non, là, t’es sur la bouée… abats un peu.
- C’est quoi, abattre ?….
 
     C’est quand même bien la voile : surtout les mots, ça ne veut jamais dire comme dans le dictionnaire. La manœuvre c’est exactement ce que tu aurais dû faire au moment où on te l’as demandé et que toi, tu fais au moment où il ne faut plus le faire….
     Les estomacs criant famine, il faut songer à trouver l’île qui nous accueillera pour notre repas. Nous, nous faisons confiance à Jean-Jacques et à Roger. D’ailleurs ils viennent juste de trouver un banc de sable. Ah bon, bizarre ! ils doivent le trouver bien parce qu’ils y restent.
     Plantés les mecs ! Comme des bleus, ils sont bel et bien plantés ! le seil fait un demi-tour sur lui-même, le nez dans le vent prêt à repartir vers Saumur.
     Alors ils essaient un autre mode de propulsion : la bourne. C’est simple : il faut pousser comme un malade sur la rame plantée dans le sable jusqu’à ce que le seil veuille bien se désensabler. Une fois le bateau dégagé il faut aller rechercher la rame restée plantée dans le sable dont on parlait précédemment. C’est sympa !
     Pendant qu’ils essaient de récupérer leur rame, qui par bonheur s’était déplantée d’elle-même et voguait au fil du courant (là en revanche, il faut avouer que la manœuvre a été bien menée), le deuxième seil contourne l’obstacle sans problème. Guidé d’une main de maître par Marcel et grâce à une propulsion fulgurante résultant d’un maniement hors paire des avirons, le navire aborde l’île sans difficulté. La modestie de son équipage étant bien connue, il n’est pas question de faire des remarques désobligeantes à Roger, Jean-Jacques et Nadine. Surtout qu’ils ont la boisson…. et c’est Nadine qui s’est chargée de l’apéro.
     Aussitôt débarqué, Mac Gyver (alias Jean-Jacques) prépare son feu en vue de griller quelques saucisses. Même en pleine mer, il serait capable de se creuser un trou pour faire un barbecue.
     Il a l’air heureux le JJ confortablement installé en train de déguster sa grillade pendant que les autres s’acharnent sur leurs sandwiches. Nadine a eu droit à un traitement de faveur en dégustant son sandwich au jambon mais au jambon braisé au feu de bois. Bah voyons ! après çà on ne pourra pas dire qu’on ne les dorlote pas nos nanas…
     Sobres et sérieux nous ne buvons que deux apéros. Il faut être raisonnable. Quelques bouteilles plus tard, le ventre plein et le vent commençant à se lever, les deux capitaines décident de lever l’ancre. Pas question de faire la sieste.
     Marcel et son équipage ouvrent la route. Il y a tout de même quelques rafales puissantes et irrégulières. Il faut se méfier. Gennes et son église St Eusèbe nous abrite du vent, seul le courant nous entraîne…
     Le passage devant Le Thoureil se fait à la vitesse d’un « surfer ».
     C’est après que c’est devenu un peu plus méchant. Le vent est monté. Deux ris, ça n’était pas une si mauvaise idée. Et La Ménitré est apparue très rapidement. Pas question de virer de bord et de se placer face au vent : trop de courant et la toue d’un pêcheur équipée de son filet nous paraissait peu accueillante. Il a fallu faire un atterrissage un peu rapide mais effectué sans encombre.
     Dans le second seil Nadine tient la barre. C’est tout un art surtout quand Roger et Jean-Jacques, debout à l’avant, lui bouche entièrement la vue (déjà qu’elle n’est pas grande, alors je ne vous explique pas). Mais il en faut plus pour gêner Nadine. Elle réussit son atterrissage comme une libellule se pose sur un nénuphar… si, si ! ! ( c’est bien dit hein ?)
     La remorque est chargée, les bateaux solidement amarrés, ça sent la fin du voyage.
     Dis quand qu’c’t’y qu’on remet ça ?
     Oh hé ! les nouveaux, ça ne vous tente pas ?
 
La joyeuse équipe du Club de Voile Saumurois