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Bivouac
Article paru dans le bulletin de l’association #14
 
     Vous travaillez depuis le matin devant votre écran, les petits signes noirs sur fond gris dansent devant vos yeux et se brouillent un peu par moments, votre nuque est douloureuse et voilà la crampe bien connue de l’informaticien qui vous pince sauvagement juste au creux du bras. Ras le bol ! Vous levez les yeux et par la fenêtre vous découvrez la haie de votre jardin qui se découpe sur un ciel bleu de carte postale. Au diable ce rapport, ces chiffres, il fait beau, partons, partons !
     Les chiffres se dissolvent sur l’écran et une pâle vision les remplace : un bateau glisse dans la lumière du soir vers une berge ombragée . Il vient mollement se poser sur une petite plage protégée par un grand frêne. Après quelques moments de repos l’équipage décide de monter la tente et entame joyeusement de rudes chants de marin pour accompagner l’effort. En un tournemain la tente s’élève fièrement autour du mât. Une bonne odeur de fritchi vous chatouille l’appétit, une merveilleuse soirée de bivouac s’annonce, c’est sûr le bonheur est à portée de main, demain vous partons camper sur la rivières.
     Le lendemain après une dure journée de rame à contre courant et le passage sous un pont particulièrement costaud, le dos passablement endolori, vous décidez avec votre coéquipier –qui vous paraît légèrement azimuté après cette journée en plein soleil - de vous arrêter pour la nuit.
 
     Il est 19 heures.
     Le choix d’un bon havre pour la nuit n’est pas si facile, cet endroit est trop ceci, celui là est trop cela, celui-ci ne vous revient pas, une odeur de porcherie ne flotte-elle pas par ici?
     Il est 19 heures 30.
 
     L’endroit est trouvé, vous passez deux amarres autour des arbres de la berge.
     Il est 19 heures 45.
     Il faut maintenant sans tarder monter la tente, c’est à dire :
- rouler la voile autour de la vergue
- attacher la vergue au mât
- sortir la tente de son sac, la déplier
- l’attacher autour du mât
- la déplier de part et d’autre de la vergue
- attacher les sandows de l’avant de la tente à deux crochets à l’extérieur de la coque
- passer des sandows sous la coque pour les accrocher à des œillets au bas de la tente (ici il y a une petite astuce mais trop longue à expliquer dans le cadre de cette modeste publication, je réserve un autre article d’une douzaine de pages dans le prochain numéro pour expliquer l’affaire, merci Serge de le noter).
     Il est 20 heures 35.
     Il vous reste maintenant à monter les planchers au niveau des bancs (une paille !) sans oublier de glisser auparavant le safran sous les planchers.
     Il est 21 heures.
     Retrouver le matelas pneumatique et son gonfleur et gonfler, retrouver les duvets, le sac à viande, les oreillers si vous poussez le luxe jusque-là
     Il est 21 heures 20.
 
     Dans le dialogue suivant vous pourrez retrouver les différentes étapes de ce parcours du combattant :
 
     -Je n’arrive pas à enfiler le crochet…
     -Quelque chose coince !
     -C’était mon doigt !
     -Quel est le *°°* **** qui a conçu des planchers aussi lourds ?
     -Le sandow est tombé à l’eau.
     -On étouffe sous cette tente.
     -On n’y voit rien la-dessous.
     -Normal la nuit tombe, grouillons-nous.
     -On a oublié la lampe de poche.
 
     Détendus maintenant avec le sentiment du devoir accompli, vous renoncez à cuisiner et ouvrez à la lumière de la lampe torche une boîte de maquereaux à la moutard et une autre boîte de crème de marrons (de l’Ardèche).
     4heures.Après un sommeil lourd – la fatigue peut-être ? la crème de marrons qui refuse de se mélanger aux maquereaux ?) vous êtes réveillé par un cri assez sinistre : un chat huant probablement. Ah le cri du chat-huant à 4 heures du matin sur la rivière quand on est bien à l’abri sous la tente à bord du Seil…
     Vous êtes comblé, quelle journée tout de même, quand est-ce qu’on remet ça !
 
Isabelle JULLIEN - Guignette