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Raid Finlande 2002

Du 13 au 19 juillet le Raid Finlande a mobilisé vingt petits bateaux armés par des équipages d'une douzaine de nationalités sur un parcours voile et aviron de 100 Milles entre Helsinki et Lovisa. Une aventure passionnante, dans une nature magnifique qui semble créée pour le canotage voile-aviron.

9 juillet: Finalement la Finlande ce n'est pas si loin. Il suffit de sortir de Paris en direction de Valenciennes, de traverser la Belgique par Liège, puis le Rhin à Cologne, en une douzaine d'heures vous vous retrouvez au bord de la mer Baltique qui déjà vaut largement le déplacement. Toutes ces villes hanséatiques, Lübeck, Wismar, Rostock, aux monuments magnifiques prouvent qu'une civilisation marchande peut être productrice de culture, surtout quand elle est maritime. En face l'archipel danois présente bien des attraits mais ce sera pour une autre fois, car le gros ferry de Rostock absorbe nos deux voiles avirons qui n'ont encore jamais navigué: le SEIL N° 101 baptisé pour l'occasion "Muscadet"


avec à bord 24 bouteilles d'Anjou biologique mené par la famille Rafflegeau, Mathias et Nathalie qui va découvrir la navigation avec son fils Léandre, 7 ans et Justin 15 ans. Mathias est un navigateur de Loire expérimenté puisque son port d'attache est l'île de Béhuard à 15 Km en aval d'Angers où il a l'habitude de naviguer sur les salades de ses voisins en période de crue. Cette expérience s'avèrera profitable car "lire l'eau" est un talent indispensable aux navigateurs ligériens. Le PIRML N° 31, dit "Berlingot" sera notre monture, lesté de douze bouteilles de Muscadet. Je suis le constructeur de ces deux bateaux au titre de mon entreprise "Canotage de France". Christian et son fils Guillaume m'accompagnent, dont la seule expérience est celle de la rivière à bord de leur yole de Joinville en acajou vernis magnifiquement restaurée.


Ingo List de Kiel et sa famille a embarqué avec nous son quillard 16 M², série nationale hollandaise prolifique puisque sa voile affiche le N° 5000 (4500 en fait ont été construits depuis les années 30).

10 et 11 juillet: 24 heures pour remonter toute la Baltique, Une escale à Tallin, capitale de l'Estonie. 80 km au nord nous pénétrons dans l'archipel qui précède Helsinki:


des îles à perte de vue vers l'ouest et l'est, de toutes tailles, presque toutes habitées de jolies maisons aux couleurs vives. Une animation frénétique règne sur l'eau sillonnée par de multiples ferries qui cornent furieusement pour écarter les petites embarcations. L'été est court et il faut en profiter…On parle en Polynésie de la religion du cargo, ici c'est la civilisation du Ferry, qui sont les vrais ponts avec Russie (St Pétersbourg à 200km), la Suède ou les états Baltes, quand ils ne permettent pas juste une croisière en boucle de 24 heures pour couper un hiver déprimant avec alcool détaxé et défoulement maximum. Nous gagnons notre port de départ et faisons connaissance avec l'organisateur du raid, Mike Hanyi, un jeune américain marié avec une finlandaise qui a déplacé son expérience des grands yacht classiques sur les petits bateaux; il nous suivra (précèdera souvent) avec son magnifique Coquina II, réplique du canot familial de Nathanaël Herrschoff, le sorcier de Bristol, dont il est un spécialiste. La mise à l'eau est arrosée joyeusement comme il se doit.

12 juillet: Une journée pour prendre contact avec Helsinki, une capitale joyeuse, malgré le cœur administratif XIX ème austère, de l'architecte prussien Engel au service du grand-duché alors rattaché au tsar de Russie. Les suédois venaient de perdre la partie, alors que le pays était une de leur province depuis le Moyen-âge. La Finlande est toujours strictement bilingue par respect pour la minorité linguistique suédophone de 6%, alors que la majorité, pourtant d'origine européenne, a adopté par soucis d'identité une langue originale du rameau ungaro-ouralien apparentée au Hongrois et à l'Estonien, apportée par les caréliens immigrants du haut-moyen- âge.

13 juillet: Nous avons appris la veille au briefing que c'est une course ou toutes les propulsions à l'exception du moteur sont autorisées. En territoire inconnu; avec des équipages d'occasion, nous ne sommes pas trop rassurés. Un dossier de carte nous est remis où nous devons tracer à chaque briefing notre route à travers un véritable labyrinthe. Il faut s'accrocher à l'anglais. Bon, on suivra le premier! Tous sur la ligne de départ:


à neuf heures précises nous nous élançons, le parcours a suggéré un passage en parade le long d'une promenade fréquentée. Le vent est faible et nous sommes les premiers, le SEIL est passé au large et arrive juste avant nous, encore plus premier; photos; la flottille s'amarre dans une darse de l'île de Suomenlinna, (la forteresse des finlandais- suomis) construite au XVII et XVIII ème pour faire peur aux Russes qui s'en empareront sans qu'elle résiste. Aujourd'hui patrimoine mondial de l'humanité c'est un refuge pittoresque d'artistes et d'artisans d'art. Un bon vent d'ouest nous cueille pour l'après midi et un duel de vent arrière s'engage pour quitter l'archipel urbain. Après un pont tournant la flottille se regroupe pour une troisième manche dans un véritable labyrinthe d'îles qui se ressemblent toutes. Les plus gros voiliers nous ont devancés de toute leur puissance et nous les suivons. Finalement il faudra sortir le compas et naviguer vraiment pour se repérer car il n'y pas de noms de rues au coin des îles. Pour les blaireaux, le service de navigation a parfois prévu des grosses lettres de 2 sur 2m repérables sur la carte, on sera bien content de les trouver en plus d'un balisage précis mais limité aux chenaux fréquentés, et ce serait ennuyeux de se trouver en tête… au fond d'un cul de sac de trois kilomètres. Nous arrivons à notre étape, Kontakalio


où nous faisons tous un peu plus connaissance après un bain délicieux; l'eau est douce dans cette mer si loin de l'Atlantique et d' une température méditerranéenne sous ce soleil radieux dont toute l'Europe sera exceptionnellement gratifiée pour cette fin juillet. Un délicieux buffet de poisson nous attend; chaque midi, chaque soir le ravitaillement sera ponctuel, frais, délicieux et varié. Les bateaux concurrents sont divers: quelques voiliers purs se sont aventurés parmis nous et devront avoir recours au moteur ou à la pagaie comme le coursier de notre ami Ingo. Un Haven 12 pieds sur plan Herreschoff vient d'être mis à l'eau par son propriétaire qui est aidé par ses trois jeunes enfants.. De même une "Miss Simplette" estonienne sur plan Bombinger, construite par son skippeur, ingénieur danois de la construction navale lourde à Tallin. Un couple de finlandais âgés suivra sur un petit sloop habitable, verni à clin, rappelant les folkboats. Plusieurs bateaux traditionnels finnois, à clins, neufs ou restaurés, s'avèreront surtout performants à la voile, ainsi Signe tout juste mis à l'eau par l'école de charpentier de Kugom. Sur ces bateaux l'aviron n'intervient qu'en appoint quoique permettant des performances avec un équipage sur motivé. Les voile-aviron sont la moitié de la flottille, deux magnifiques "Sketjes" en pin et chêne vernis


construits par un artisan norvégien en réduction à 5m20 d'un bateau de 9m courant au milieu du XIX ème siècle. Leurs équipages sont deux couples allemands. Un doris construit récemment en Finlande puis le désormais célèbre


"Time and Tide" hollandais de Hoorn avec la famille Wybenga qui a à son actif deux raids en écosse (voir LN N° 344) arbore un gréement aux mats recourbés en carbone qui démontés tiennent le long du franc bord et dégagent l'espace des bancs de nage. Deux "Megin" danois en composite, l'un de quatre mètres, l'autre de sept mètres et armés par des scouts marins de Viborg représentent une flottille importante dans leur pays. Ils s'inspirent des formes d'un navire marchand d'époque viking, retrouvé au fond du fjord de Roskilde à quelques km. de Copenhague. Un étroit canot rappelant les "périssoires" de Caillebotte sur plan Phil Bolger commencé six jours auparavant sera mis à l'eau juste après le départ et sera terminé pendant la course par ses deux équipiers, qui arboreront successivement avirons puis voile tout au long de ce "work in progress".

14 juillet: nous vivons maintenant hors du temps et oublions la fête nationale alors que nous caracolons en tête, Seil puis Sketje et PIRMIL. Le vent est faible et contre nous. Nous gardons nos voiles et profitons de la moindre brise pour, dérive remontée, aider nos bords à l'aviron. Le Sketje a pris un peu d'avance sur le Seil. Un pont très bas avant de déboucher dans le chenal principal qui monte à Porvoo nous oblige à démâter. Les quatre voiles et huit drisses du bateau norvégien sont un vrai handicap et bien encombrants, alors que pour nous il suffit d'affaler, de dégoupiller le mat, posé sur l'épaule et de regoupiller et renvoyer la voile au tiers dans la foulée, "emdrémer" disait-on sur la Loire quand une gabarre franchissait un pont sur erre, plus long a dire qu'à faire! Le sketje entreprend un duel à l'aviron pour refaire son avance mais sera finalement battu sur la ligne d'arrivée par le SEIL. Nous attendons les autres concurrents dont les voiliers qui se sont vu proposer une route extérieure sans contrainte de tirant d'air. Selon un principe national établit; tout ce qui n'est pas interdit est autorisé. L'après-midi nous voit encore finir en tête, après un passage au milieu d'une rocaille décorative où nos tirant d'eau faibles font merveille (et grincer quelques carènes qui ont voulu nous suivre). Sur la grande île d'Emasalo, nous rejoignons notre étape par des bras étroits ourlés d'osiers, difficile de croire que c'est la mer! Une trouée dans les roseaux, un quai de bois borde un grand bassin naturel . Soirée dans un hôtel remarquable ou les pelouses au bord de l'eau sont à la disposition des campeurs. Première expérience de sauna, toujours possible chaque soir gratuitement dans l'organisation.

15 juillet : départ dans un petit matin gris de brume de chaleur, pas de vent et certains ont complètement démâté envisageant un sprint à l'aviron pour couvrir les cinq milles qui nous séparent de Porvoo. Pour notre part sur le PIRMIL nous avons toujours gardé nos voiles, misaine retroussée au premier ris sur les rameurs pour garder plus de place sur ce canot de quatre mètres cinquante. Le Seil et le Sketje se livrent en tête un duel acharné dont le premier sortira vainqueur, nous suivons derrière et servons de lièvre à ….., un lourd canot finnois de pêche qui a plus de cinquante ans et dont les deux jeunes équipiers, Jukka et Laura, ingénieurs en télécommunication, ne nous lâchent pas de l'étape. Dans cette nation High tech, patrie de la téléphonie mobile, mais qui n'a pas un siècle entier d'indépendance, défendue bec et ongles jusqu'à récemment, le patrimoine, tout comme la nature sont des préoccupations profondes. D'ailleurs nous pénétrons en remorque à Porvoo


une des plus vieilles villes du pays où les petits entrepôts de bois sang de bœuf se reflètent dans l'eau du port, dominée par la vieille cathédrale protestante et la vieille ville suédoise aux ruelles pavées tortueuses. Un excellent restaurant d'escargots (recettes françaises) pour refaire notre force et nous retrouvons Christina, une guide francophone ravie de rafraîchir notre langue qu'elle possède parfaitement en nous expliquant la symbolique très précise du pignon de la cathédrale. Elle fait partie de cette minorité suédophone qui domine à Porvoo et nous l'invitons dans un salon de thé pour prolonger cet échange sur la société finlandaise. La nuit dans une école est d'un confort sommaire, mais la collection des photos prises années après années depuis 1905 du corps professoral puis des élèves est une véritable leçon de sociologie de la mode.

16 juillet: deux routes nous sont proposées, l'une à l'intérieur comporte plusieurs démâtages, nous la choisissons évidemment et après plusieurs grands lacs paisibles et sauvages nous traversons des étendues de roseaux qui nous rappellent la grande Brière. Des canaux latéraux mènent à de grandes maisons dont nous devinons l'étage en nous mettant debout sur les bancs. Ponts et lignes électriques pimentent la progression. Enfin nous débouchons sur un grand lac ou nous croisons deux caboteurs de petit tonnage en train de charger du granulat pour les chantiers d'Helsinki. La ligne d'arrivée se trouve devant un chantier naval improvisé où un gros voilier, l'Alexandra


tout en bois vernis, reconstruction à l'identique d'un sloop de bornage qui a sombré au milieu des année 60, va être lancé trois jours plus tard après un chantier associatif de cinq années. Nous déjeunons sur les plateaux de bois brut et assistons aux préparatifs de la rampe de mise à l'eau. L'après midi nous voit retourner vers la mer et pour la première fois nous réduisons sur le PIRMIL au plus près par un vent montant en rafale à force 5. Nous plongeons dans un clapot court et escarpé en regrettant de n'avoir pas pris un ris de plus dans nos 17 m². Le SEIL a gardé ses 11 m² en soulageant imperturbablement, il arrive loin devant nous, Léandre s'est endormi dans le coqueron avant


et ne se réveillera que bien plus tard. Sur PIRMIL nos ballasts se sont remplis automatiquement et ont renforcé notre stabilité. Un groupe de jeunes français accompagnés par des animateurs d'une maison de jeunes de Poitiers nous a rejoint à Porvoo sur un bateau traditionnel loué. La soirée sur l'île de Pellinky est longue pour qui ne fait pas la queue au petit sauna de bois qui fume au bord de la plage. Alexandre a amené ses boules de pétanque et commence une initiation. A deux kilomètres nous sommes trois équipages qui rejoignons pour y dormir une curieuse maison isolée au cœur de la forêt. Une salle de spectacle de patronage sert de siège à un club de lanceurs de hache. Au dessus de la scène une maxime en suédois nous exhorte à travailler pour la patrie, dans une vieille bibliothèque poussiéreuse, nous commençons la lecture de Colomba de Mérimée en suédois (édition de 1889). Une plaque poussiéreuse, avec un svastika gravé porte quelques noms, après renseignements il ne s'agit pas du tout de ce que nous craignons et ce sont bien des haches, pas des francisques que des jeunes filles aux tresses blondes envoient sur les poteaux de bois de la cour. Atmosphère étrange, Christian joue les fantômes de l'Opéra pour amuser petits et grands.

17 juillet :
départ avec un vent léger qui se renforce petit à petit, duel voile et aviron entre notre PIMIL et le Time and Tide hollandais qui a décidé de ne pas s'en laisser conter, étape de midi dans une cabane en bois isolée, dotée d'un quai dont on nous explique que c'est un repaire de contrebandiers, d'ailleurs une torpille rassemblant une dizaine de bidons en fer blanc, est exposée dans le jardin. Amarrée sous la coque d'un bateau elle est larguée dès que douane ou garde-côtes se montrent trop curieux. L'alcool en Finlande est très cher, mais très demandé. Tallin est si proche q'il est tentant d'aller s'y approvisionner en douce et d'en faire profiter les copains. Cuisine délicieuse dans ce cadre enchanteur. Pendant deux jours la maison d'hôte de Isnas à laquelle est annexée une ferme "biodynamique" va nous nourrir d'une nourriture saine et remarquable. Nous rejoignions Isnas en fin d'après midi, Un port désaffecté aux quais défoncés sert encore pour une petite scierie locale. Dans la soirée je me risque au petit sauna local avec l' équipage de Time and Tide. Pittoresque installation chauffée au bois. Eric par une louche malencontreuse sur le poêle manque de nous ébouillanter tous les quatre. Breton mais pas homard, je décide de raccrocher définitivement avec les saunas.

18 juillet:
Ce matin départ de la seule manche à la voile de tout le raid. Le plan d'eau est splendide parsemé d'îles boisées sur lesquelles aucune habitation ne se laisse deviner. Un vent de force 2 bien régulier, sous un soleil radieux, rend les conditions de cette course parfaitement idéales, presque théoriques. Bien sûr Risk, le quillard 16 m² hollandais nous sème rapidement. Nous sommes quatre derrière lui à aborder une remontée au vent le long d'une grande île accompagnée de plusieurs îlots et pavés. Coquina II barré par Mike, réputé très rapide, est rapidement rejoint par le PIRMIL qui, maintenu parfaitement à plat remonte les trois bateaux par un cap qu'aucun ne peut tenir. Nous abattons avec assez d'avance pour que personne n'ait le temps de nous remonter sur le bord de vent arrière et nous arrivons second derrière Risk. Nous visitons le petit musée maritime de Rönnäs où nous remarquons l'importance de la profession de pilote dans ces archipels infinis. Collection de moteurs marins impressionnante. Nous cinglons ensuite vers Sandö, l'arrivée donne lieu à un duel à l'aviron que nous soutenons avec le SEIL sans parvenir à le rattraper. Nous sommes loin devant les suivants et en profitons pour nous baigner dans cette eau si tempérée.

19 juillet : une arrivée sur Lovisa


sous un ciel un peu triste. Pour nous photographier mutuellement nous avons échangé nos bateaux et équipage avec Eric, le patron de Time and Tide. Son gréement à deux mat courbes est très facile à manœuvrer et permet de faire réagir le bateau aussitôt, presque sans la barre. Un grand bord de vent arrière et Time and Tide arrive facilement second derrière Risk. Amarrage au port de plaisance de Lovisa une ville historique au centre aux maisons de bois colorées qui rappelle une petite ville russe par ses bardages horizontaux et le décor des ouvertures. C'est là que la carrière artistique de Sibélius, le compositeur contemporain national a pris son essor au contact d'une nature âpre et majestueuse. Remise des prix autour d'un ragoût de rennes un peu surprenant: Le Seil est sans conteste premier suivi du Sketje de Stephan Rudolph de Berlin puis du PIRMIL. Le quatrième est le TIME and TIDE de la famille Wybenga de Hoorn en Hollande. Un centre nautique actif organise le lendemain deux jours de régates pour les petits bateaux classiques. Pour moi ce sera le salon du bateau de bois de Kotka


la ville voisine où j'expose PIRMIL et SEIL. Ce matériau a encore de beaux jours dans ces pays à la ressource inépuisable, des petits bateaux artisanaux en pins sont vendus a des prix abordables et un bassin entier accueille pour l'occasion des yachts en bois vernis restaurés ou neufs qui sont venus pour témoigner du savoir faire des nombreux chantiers locaux. Nos deux dernières soirées sont consacrées à banqueter


tous ensemble dans la véranda du "casino" (maisons de chambres d'hôte) du camping de Lovisa . Ambiance à la Tchékov dans cette datcha début de siècle du directeur russe de la première scierie industrielle de l'endroit. Avant de nous séparer chacun adresse un compliment émouvant dans sa langue maternelle, Italien, hongrois, hollandais, danois, suédois, finnois, allemand et français, pour clore le grand moment de rencontre internationale que nous venons de vivre. Nos bateaux étaient certainement les mieux préparés pour ce type de raid où la météo clémente les a particulièrement avantagés. Leur tirant d'eau et d'air leur a permis de se faufiler partout. Leur simplicité leur a permis de combiner ou d'alterner immédiatement les propulsions voile et aviron avec des surfaces mouillées négligeables. Les équipiers n'ont jamais manqué de place pour un petit somme réparateur, jalousés par les équipières des sketjes, toujours à la manoeuvre sur des bateaux splendides mais… encombrés.
La Finlande est un pays magnifique


où ce type de bateau peut permettre d'alterner les parcours maritimes et lacustres facilement en allant à la rencontre des lieux et des gens avec des embarcations qui attirent la sympathie. C'est une destination peu courue où on est certain de sa tranquillité, comme en témoigne la difficulté à acheter une carte postale un peu jolie ou des souvenirs d'artisanat "authentiques". Avec l'anglais on se débrouille a peu près partout. Quant aux moustiques, ils ne sont agressifs qu'après dix heurs du soir pour nous pousser vers les duvets et interrompre nos discussions passionnées autour d'une bouteille de la bière locale: "Lapin kulta" ("Or lapon") partout présente sur ferries et canots indigènes, n'en déplaise aux français superstitieux! Pour atteindre la Finlande, le mieux est évidemment les ferries qui relient le nord de l'Allemagne à Helsinki, mais une solution plus économique consiste à traverser Danemark et suède en traversant depuis Stockholm en longeant l'archipel Äland Mike envisage d'organiser ce raid chaque année sur un parcours différent, une association internationale des randonneurs voile-aviron est aussi dans l'air, avec une charte de qualité et un programme évitant les chevauchements…L'occasion de se faire des belles ballades et des amis canotiers dans toute l'Europe.

François Lelièvre


[Article paru dans la revue "Bateaux" de septembre]